Gradué à l'honneur / cohorte 2025

Éveline Bernier

théorie, culture et valorisation de la mode

Fil de Trame

Fil de Trame

Ce texte a été rédigé à l’hiver 2025 dans le cadre du cours Atelier d’écriture et d’édition de mode, sous la supervision de Madeleine Goubau.

Le duo qui rapporte ce qui se trame dans l’industrie de la mode québécoise
Par Nicolle Palacio

Qu’est-ce qui se passe dans l’industrie de la mode québécoise, au-delà des couleurs en vogue de la saison ? Éveline Bernier et Aurélie Blain se sont donné comme défi de répondre à cette question avec Fil de Trame, un compte Instagram dédié exclusivement aux actualités du secteur de l’habillement. Objectif : dresser un portrait varié et complet pour un public intéressé, sans tomber dans le niché. Les deux finissantes au baccalauréat en Gestion et design de mode à l’École supérieure de mode ont réussi à allier amitié, forces respectives et expériences afin de donner vie à leur projet de fin d’études.

La plateforme met l’accent sur des marques émergentes, des événements dont on entendrait peu parler ou des nouvelles qui passeraient sous le radar des médias traditionnels. Alexandre Bélanger, chargé de cours à l’ESM et tuteur de l’équipe, estime que « la visée informative et éducative du projet semble répondre, sinon à une demande, du moins à un manque dans l’offre médiatique québécoise actuelle. »

Afin de combler ce vide, Fil de Trame compte quatre axes. « Qu’est-ce qui se trame ? » est une rubrique couvrant l’actualité de l’industrie. « Rencontres » propose des portraits de professionnels du secteur de la mode, comme la créatrice Noémie Vaillancourt derrière la marque Noémiah. « Découvre » est consacré à de l’information sur des entreprises émergentes, notamment la compagnie de chapeaux Heirloom Hats. Les « Guides », quant à eux, visent à répondre à des questions que le public pourrait se poser. Ainsi, Aurélie et Éveline font une veille d’actualité exhaustive afin de publier du contenu de mode qui n’apparaît pas dans les médias déjà établis, et ce, de façon hebdomadaire.

« Quand on cherche les actualités de l’industrie sur La Presse+ ou dans des magazines [on trouve] souvent des articles comme “les dernières tendances de la saison” », explique Aurélie en soulignant que c’est le genre de contenu qu’elles veulent éviter. « On entend aussi souvent parler des mêmes marques, enchaîne aussitôt Éveline. Pas qu’elles ne sont pas belles, mais c’est vu et revu. »

Cette réflexion a mené les deux finissantes à éviter délibérément de parler de certaines marques populaires québécoises, afin de consacrer leur plateforme à des entreprises locales à découvrir. Elles précisent également qu’elles désirent mettre en lumière plusieurs métiers de l’industrie textile, comme celui de photographe ou de chapelière, et ne pas seulement interviewer des designers de mode.

Chaque publication compte donc un court texte, ponctué d’extraits d’entrevues ou de citations percutantes, qui est accompagné de photographies professionnelles. Le tout est agencé avec l’identité visuelle spécifique au projet. Selon Anne-Chloé, une amie des deux étudiantes, les couleurs complémentaires jaune pâle et bleu indigo éveillent une énergie calme et amusante, aspect qu’elle apprécie particulièrement.

S’étant connues lors de leur première semaine du baccalauréat, Aurélie et Éveline ont vite consolidé leur amitié avec quatre autres étudiantes en mode, qui forment maintenant une vraie gang d’amies. « Quand on est allées prendre un verre après un cours, on s’est juste mises à parler et ça a cliqué », décrit Anne-Chloé en se remémorant l’ambiance de leur première rencontre. Au fil de plusieurs sessions de projets d’équipe, de cours en commun et d’une sortie au chalet entre filles, les amies sont devenues des témoins privilégiées du parcours d’Éveline et d’Aurélie.

Estelle, amie du duo de finissantes, voit en elles une équipe efficace et équilibrée. « Aurélie est celle qui a les idées. Éveline les peaufine et les ramène vers leur concept de départ. » Elle les décrit comme créatives et rationnelles à tour de rôle, en clarifiant que chacune a définitivement ces deux traits de personnalité, mais qu’en travaillant ensemble, un côté ressort plus que l’autre afin de se compléter.

Anne-Chloé, quant à elle, considère qu’en plus de leurs personnalités, c’est le cheminement de chacune qui joue un rôle clé dans le succès de leur dynamique de travail. Éveline, ayant complété un baccalauréat en psychologie avant son parcours en gestion de la mode, a un côté plus réfléchi et organisé. « Elle a des étapes à suivre avant de commencer un travail, elle se fait un plan pour ne pas se retrouver avec trop d’informations et se perdre dedans », souligne Anne-Chloé. Aurélie, pour sa part, a une technique en photographie et un intérêt marqué pour le design graphique. « Elle a une façon d’agencer l’information et l’aspect visuel pour ne pas que ce soit un bombardement visuel, c’est apaisant », aspect qu’Anne-Chloé apprécie particulièrement du choix de design visuel pour Fil de Trame.

Éveline et Aurélie se sont réparti les tâches de travail un peu malgré elles, selon leurs expertises et intérêts, mais continuent de travailler en équipe le plus possible. « Cela faisait presque un an et demi qu’on parlait d’idées de [projets de fin d’études], et Aurélie est la seule avec qui j’aurais fait équipe », confie Éveline. À ce moment-là, Fil de Trame avait une tout autre forme : une série d’événements avec des boutiques éphémères mettant en vedette des petits créateurs émergents. « Aurélie m’a ramenée à l’ordre en me disant qu’on avait juste trois mois et que ça coûterait de l’argent à faire », continue-t-elle en riant. En fin de compte, c’est Alexandre Bélanger qui a orienté l’équipe afin d’en arriver, avec réalisme, à ce qu’elles présentent aujourd’hui.

« Êtes-vous satisfaites de la forme finale qu’a prise votre projet ? » La question résonne dans le long silence qui s’ensuit. Les amies se regardent et partent à rire en même temps. « Oui, mais je pense qu’on a peut-être vu un peu grand », finit par dire Aurélie. Elle aurait voulu s’y prendre d’avance afin de pouvoir jongler, courriels, veille d’actualité, création de visuels et rédaction d’articles. « Je m’imaginais ça avec beaucoup de contenu, beaucoup d’entrevues, beaucoup de [publications] », avoue Éveline. « On n’en a pas comme on voudrait à cause du manque de temps. »

Elles concluent qu’en fin de compte, elles sont juste deux, et que même si elles ont la tête pleine d’idées, les mettre en application est un tout autre défi.