Des placards au pavé : l'évolution du vêtement militant face à la répression
Des placards au pavé : l'évolution du vêtement militant face à la répression
Ce texte a été rédigé à l’hiver 2025 dans le cadre du cours Atelier d’écriture et d’édition de mode, sous la supervision de Madeleine Goubau.
Des pavés au placard : l’évolution du vêtement manifestant face à la répression
Par Karen Alfaro-Alfaro et Julien Tessier
Explorer l’évolution vestimentaire des émeutes au Québec et de l’uniforme policier à travers les années, c’est l’audacieux projet de fin d’études (PFE) de Julius Cesaratto Desrosiers et Edward Carboni. « Nous voulions que notre projet sorte du cadre, résument les deux amis, à quelques semaines d’obtenir leur diplôme en Théories, culture et valorisation de la mode. « Nous ne voulions pas faire nécessairement comme les autres. » Résultat : un projet qui se distingue à la fois par sa forme, son contexte historique et sa dimension sociale.
Le concept
« Le caractère social est probablement une des choses uniques de leur projet, croit leur superviseur, Guillaume Girard. Ils ont choisi un sujet que l’on a peu l’occasion de voir dans le cadre d’un PFE ou même en mode. » L’exposition se divise en plusieurs grands thèmes qui se complètent bien entre eux ; les émeutes, l’habillement de la population en général, la militarisation du vestiaire policier et la discrimination politique basée sur les vêtements. Ces sujets ne sont pas apparus de nulle part. Ce sont des thèmes qui viennent toucher directement les deux finissants. « Il serait plus intéressant de l’aborder comme un phénomène vécu qui va plus loin que la représentation de soi, » disent les jeunes étudiants.
Julius s’intéresse de longue date à la politique et aux sciences sociales, plus précisément à la fonction de l’habillement dans la société. Edward a quant à lui toujours eu un faible pour la sociologie de la mode et la muséologie. En unissant leurs forces et leurs passions, ces finissants se sont lancé le défi de monter une exposition combinant photos, vêtements et équipements policiers. Selon Julius, « le but est de prendre le vêtement comme vecteur d’analyse pour amener à une réflexion plus poussée ».
Cette réflexion mène à se poser des questions de société, notamment sur le rapport d’inégalité entre les autorités en position de pouvoir et la population, ainsi que sur la discrimination basée sur les vêtements. Comme le mentionne leur superviseur de projet, « cette exposition permet vraiment de toucher aux concepts de base des fonctions du vêtement et de comprendre ce dernier dans un contexte social concret. »
Les difficultés rencontrées sur leur parcours
Restreints par le temps alloué aux projets de fin d’études, les deux étudiants ont dû user de créativité, voire de ruse, pour monter une exposition d’une telle envergure. Ils ont ainsi décidé de passer par la réalité virtuelle pour donner vie à leur vision. Comme le confirme leur ami Hector Andres, aux premières loges de leurs efforts tout au long de la session, « quand ils ont réalisé qu’une expo 3D n’était pas seulement de filmer avec une caméra, mais que cela allait également prendre du codage et de l’équipement, c’est là où ils se sont rendu compte qu’ils devaient avoir un plan B. »
Ainsi, ils ont numérisé de l’équipement policier et des tenues de manifestants trouvés durant leurs recherches pour les intégrés à une salle d’exposition virtuelle. Cette dernière se retrouve sur la plate-forme en ligne Virtual Maker. Julius suggère de parcourir leur exposition à partir d’un ordinateur, et non d’un téléphone, car la navigation est semblable à celle du jeu Minecraft. En effet, c’est comme se promener dans une petite salle de musée remplie de photos. L’exposition peut donc être vue facilement et être consultée en tout temps en ligne .
Lieu et moments clés d’inspirations
Pour arriver à faire leurs ambitieux projets démontrant un contexte social concret, les deux étudiants ont dû faire preuve d’organisation. Le pavillon de l’École supérieure de mode (ESM), particulièrement sa salle d’étude au rez-de-chaussée, fut l’endroit de prédilection de Julius et Edward pour avancer leur projet. « On travaille tout l’après-midi à l’école en plus de discuter du projet, raconte ce dernier, déjà nostalgique. Sur le dernier mois, on est presque allé à l’école tous les jours, même pendant la semaine de relâche. » Pour eux, l’ESM est synonyme d’inspiration et de discipline, ce qui leur a permis de bien avancer leur projet. De plus, comme mentionné antérieurement, le cours de Fashion Curating, leur a été particulièrement utile, surtout dans la façon de chercher, monter et penser leur exposition.
En effet, la recherche nécessitait de faire une importante consultation d’archives physiques ainsi qu’une fouille intensive sur Internet pour y dénicher des photos historiques en lien avec les différents sujets traités. L’exercice, bien qu’exigeant, n’était pas sans plaire à Julius. « J’adore chercher pour des objets, essayer de chercher. Ça m’a donné plus envie de travailler au musée. » De plus, ils ont eu la chance de pouvoir compter sur l’aide du photographe André Querry qui leur a donné le droit d’utiliser des images publiées sur son site Flickr. Selon les deux étudiants, ses photos reflètent pertinemment les idées qu’ils veulent présentées à l’exposition.
L’exposition imaginée par Julius Cesaratto Desrosires et Edward Carboni se distingue donc par sa capacité à fusionner histoire, art et technologie pour offrir une réflexion poussée sur les rapports sociaux et les inégalités visibles à travers les vêtements. En choisissant la réalité virtuelle comme moyen d’expression, les deux étudiants ont créé une expérience novatrice. En trame de fond se trouve le désir que l’exposition fasse un changement face à la perception de l’inégalité des forces autoritaires, et ce, pour que des arrestations injustifiées ne se reproduisent plus.