Projet de fin d'études / 2025

Whitewashing

Crédits

Direction artistique Manika Gaudet
Photographe Vision Photography
Mise en beauté Sylkie Sly
Coiffeuse KSD Hair
Styliste Jenny Maroquin
Mannequin Ghanais Muniandy

Whitewashing - Milie-Jade Juneau Wagner

Ce texte a été rédigé à l’hiver 2025 dans le cadre du cours Atelier d’écriture et d’édition de mode, sous la supervision de Madeleine Goubau.

Dans l’univers créatif de Milie-Jade Juneau Wagner : le design comme expression personnelle
Par Roxanne Blouin

Milie-Jade Juneau Wagner, étudiante en design de mode, n’est pas du genre à suivre les règles. Elle les déconstruit, les tord, les transforme à son image. Sa dernière création le prouve : une silhouette vaporeuse en tulle blanc, au volume audacieux, qui oscille entre fragilité et puissance. Sur la tête du mannequin, une coiffe d’antennes noires complète l’ensemble. L’effet est à la fois théâtral et introspectif, révélateur d’une démarche profondément ancrée dans une quête identitaire.

Un design enraciné dans l’identité
Chez Milie-Jade, chaque vêtement devient un langage. Ce qui frappe d’emblée dans son travail, c’est la manière dont elle puise dans son histoire personnelle pour nourrir sa créativité. Fille d’un père canadien et d’une mère chinoise, elle a longtemps eu l’impression de naviguer entre deux mondes. « J’ai vécu entre deux cultures sans vraiment en faire partie. C’est cette dualité que je cherche à retranscrire dans mes créations », explique-t-elle. Cette hybridité se traduit par des mélanges inattendus : des tissus d’inspiration asiatique juxtaposés à des textures occidentales, des lignes épurées brisées par des détails surprenants.

Son approche dépasse les tendances du moment. Chaque pièce est une prise de position, une manière d’interroger les codes sociaux ou les constructions de genre. « Pour moi, chaque vêtement est une manière de questionner la société et d’ouvrir le dialogue. »

Une passion née dans l’enfance
Comme beaucoup de créatrices, Milie-Jade a découvert très jeune le pouvoir de la mode. « Depuis petite, je faisais des défilés dans ma chambre devant ma mère. C’était un jeu, mais j’ai toujours vu la mode comme un moyen d’expression, quelque chose qui me permettait de raconter des histoires. » Ces moments d’enfance, ludiques, mais marquants, ont nourri une sensibilité qui ne l’a jamais quittée.

Le parcours : du commerce au design
Pourtant, ce n’est qu’après un détour par le monde des affaires qu’elle se lance enfin dans cette voie. Après trois années d’études en commerce, Milie-Jade réalise que son avenir se trouve ailleurs. « Je n’avais aucune expérience avant, donc j’ai dû tout apprendre de zéro, se souvient-elle tout en ajustant les détails d’une pièce sur son mannequin. C’était un défi, mais chaque difficulté m’a permis de grandir. » Son regard est concentré, mais déterminé. « Mes études en commerce m’ont appris à réfléchir différemment, mais c’est le design qui me pousse vraiment à créer. »

L’apprentissage d’un métier exigeant
À son arrivée à l’École supérieure de mode de l’UQAM, elle ne sait ni coudre ni faire de patrons. Toutefois, son désir de s’approprier de nouveaux savoir-faire et connaissances est plus fort que tout. « Apprendre à faire des patrons a été l’une des choses les plus difficiles. Mais, je pense que c’est ce qui me fait avancer. Chaque erreur m’enseigne quelque chose. »

Cette capacité à transformer les obstacles en force est saluée par ses collègues. « Elle ne se laisse jamais abattre, confirme Coralie Péan, l’une de ses camarades. Elle cherche toujours des solutions pour surmonter les obstacles. C’est une vraie battante. »

Un processus de création fondé sur l’exploration
Aujourd’hui, son processus créatif repose sur l’exploration et l’expérimentation. « J’aime faire des collages, explorer des images et des textures pour me plonger dans un concept. C’est en mélangeant des éléments différents que je trouve mes idées. »

Sa pièce de collection finale en est un parfait exemple : un manteau à la silhouette structurée, composé de cuir, de denim et de plis cousus à la main. Elle en soulève un pan pour en dévoiler les détails. « J’aime repousser les limites de ce que je peux imaginer, et chaque nouvelle pièce me pousse à me surpasser. »

L’atelier, lieu de liberté
À l’ESM, l’atelier devient pour Milie-Jade bien plus qu’un simple espace de travail. C’est un véritable laboratoire où chaque couture est une expérimentation, chaque erreur une occasion d’apprendre. Le lieu bourdonne de bruits familiers : le ronronnement des machines à coudre, le froissement des tissus, les conversations entre collègues qui échangent conseils et idées. « C’est ici que tout devient réel, que mes croquis prennent forme », confie-t-elle. Autour d’elle, des rouleaux de textiles s’empilent, des épingles s’accrochent à des carnets, et des mannequins portent les traces de multiples essais. « Je peux passer des heures à tester un pli ou à repositionner une manche. Rien n’est figé, tout évolue jusqu’au dernier moment. » Pour elle, l’atelier est un espace de liberté brute, un endroit où l’intuition guide la main, et où la rigueur technique se marie à l’élan artistique.

Un avenir à construire
Loin de se satisfaire de ses acquis, Milie-Jade regarde déjà vers l’avenir. « Mon rêve, c’est de lancer mon entreprise. Mais avant ça, je veux encore apprendre et explorer plus en profondeur l’industrie. » Ses collègues n’ont aucun doute quant à sa réussite. « Milie-Jade est prête à se faire un nom, affirme l’étudiante Kacy Estradiol. Elle a une vision forte et sait ce qu’elle veut. »

Dans cinq ans, elle espère être à la tête d’un projet personnel, ou dans un poste créatif qui lui permettra d’exprimer pleinement ses idées. « Ce que je veux, c’est pouvoir m’exprimer à travers mes créations, et, surtout, ne jamais perdre cette liberté de penser différemment. »