école supérieure de mode

Projet de fin d'études / 2025

Universalis

Crédits

Direction artistique Manika Gaudet
Photographe Vision Photography
Mise en beauté Maria Bolivar
Coiffeuse KSD Hair
Styliste Jenny Maroquin
Mannequin Laurysia Jean

Universalis - Brenda Auguste

Ce texte a été rédigé à l’hiver 2025 dans le cadre du cours Atelier d’écriture et d’édition de mode, sous la supervision de Madeleine Goubau.

Universalis : Une collection qui reflète une vision du monde
Par Aurélie Blain

Assise dans un cours de criminologie à l’Université de Montréal, Brenda August s’est rapidement rendu compte qu’elle était incapable de s’imaginer un futur où elle opterait pour cette carrière. Elle a toujours aimé la mode. Cependant, « ce domaine n’a pas toujours bonne réputation en ce qui a trait à faire de l’argent, surtout auprès des familles immigrantes, explique-t-elle. On est souvent plus porté à aller dans des domaines comme la santé, par exemple.» Elle a tout de même pris la décision de suivre sa passion et aujourd’hui, Brenda présente sa collection de fin d’études à l’École supérieure de mode de l’UQAM intitulée Universalis.

Le point de départ de ce projet remonte au tout début de son parcours à l’ESM. Dès la première session, Brenda, ainsi que tous les nouveaux étudiants, a dû réfléchir à un élément personnel qui leur permettrait de rassembler tous leurs intérêts. Le but de cet exercice était de définir chez chacun leur propre signature en tant que créateur. C’est à la suite de longues heures d’introspection, passées au troisième étage de l’école, dans l’atelier baigné de lumière, qu’elle trouva l’élément central de sa démarche artistique : le cercle.

Pour Brenda, le cercle est un signe universel, puisqu’il est présent et ancré dans tout ce qui la passionne. Elle écrit, dans un texte qui explique sa démarche : « Le cercle s’impose comme un symbole puissant. Il incarne la continuité, l’unité et l’interconnexion des cultures à travers le temps et l’espace. »

Le but de Brenda était de transposer, à travers les textures, les imprimés, les couleurs et le cercle, symbole central de la collection, ses intérêts, ses inspirations et ses réflexions. Sa collection est donc inspirée par sa curiosité de l’espace, de la psychologie, des religions, de l’histoire et des sciences humaines. Cette collection permet de communiquer sa vision de l’immensité de l’univers, l’interconnexion entre les différents concepts et « la diversité entre l’univers et l’humain, comme quoi c’est à la fois un tout et une différence », énumère-t-elle.

Cette réflexion et la conceptualisation de ses quatre créations ne seraient pas complètes sans un hommage aux femmes noires. Elles sont une figure essentielle dans sa démarche, puisqu’elles incarnent des qualités qu’elle souhaite traduire dans ses vêtements. « Les formes variées de nos corps, la richesse de nos teints et la versatilité de nos cheveux incarnent à elles seules la diversité. »

Les matières et ses textures
Afin de traduire sa vision de l’univers et de la diversité, Brenda a misé sur une approche artisanale et expérimentale. L’une des techniques utilisées dans son projet est le crochet, qu’elle a appris de manière autodidacte. Rapidement, cet élément coloré a joué un rôle important dans le message qu’elle souhaitait transmettre. Après avoir testé différentes matières telles que des découpes et des retailles de tissu, ainsi que du denim, c’est sur le fil de soie recyclé que son choix s’est arrêté pour la confection de ses pièces faites au crochet. Non seulement cette option était visuellement intéressante, grâce aux multiples couleurs et à sa texture, mais également pertinente puisque cela valorisait la durabilité et l’unicité de chaque pièce. En sortant la ceinture faite entièrement de crochet, Brenda explique qu’elle adore le rendu final puisque le jeu de couleurs qu’offre le fil de soi évoque la richesse et l’irrégularité des galaxies, selon elle.

Brenda a également dû trouver le tissu correspondant le mieux à sa vision : le power mesh, un tissu extensible souvent utilisé dans la confection de maillots de bain, le jersey jacquard, qui est créé par l’entrecroisement de fils de couleur, le simili cuir et la soie. Lorsqu’elle sort une grande robe d’une des housses noires suspendues au fond de l’atelier, cette salle de couture où, après trois ans, elle a passé un nombre incalculable d’heures, l’importance accordée aux choix de matières prend tout son sens. Elle dégage effectivement une sensualité et une féminité, grâce au mélange de texture que permet le mariage du simili cuir et de la transparence du power mesh. Elle mentionne que le tissu et la coupe choisis permettent au vêtement de suivre les courbes du corps en mouvement.

Une démarche artistique en constante amélioration
Pour approfondir sa démarche artistique, Brenda a elle-même conçu son imprimé textile. Comme le souligne sa professeure de coupe et de prototype, Céline Chicoine, Brenda est une étudiante autonome, en quête constante de perfectionnement. Elle cherche toujours à repousser ses limites et à s’améliorer. Pour sa collection, elle tenait à réaliser exactement ce qu’elle avait en tête. Elle a donc dessiné à la main les motifs qu’elle imaginait, des cercles et des spirales de toutes tailles, avant de les imprimer sur tissu. Ce choix apporte une dimension personnelle et artistique à sa collection.

« Elle est très orientée vers ses objectifs, très soucieuse du détail »,  explique Oscar, un collègue et ami de Brenda. Dès leur première rencontre, il y a aujourd’hui un an, il avait été impressionné d’apprendre que les vêtements qu’elle portait étaient de son cru. Leur passion commune pour l’art les a ensuite amenés à collaborer à plusieurs projets alliant mode, dessin et peintures. Oscar a été témoin des expérimentations de Brenda pour la collection Universalis, de ses essais de patrons et de son intérêt pour les motifs tracés à la main. Il a été fasciné par l’assurance avec laquelle Brenda développait ses idées, tout en restant collaborative. « Elle sait exactement où elle veut se rendre et ce qu’elle souhaite accomplir. »