Projet de fin d'études / 2025

Statue de vie

Crédits

Direction artistique Manika Gaudet
Photographe Vision Photography
Mise en beauté Sylkie Sly
Coiffeuse KSD Hair
Styliste Jenny Maroquin
Mannequin Julie Chung

Ce texte a été rédigé à l’hiver 2025 dans le cadre du cours Atelier d’écriture et d’édition de mode, sous la supervision de Madeleine Goubau.

L’art de ralentir
Par Rose Prud’homme et Jeanne Morissette

Lorsque l’on pense à la ferme, rapidement vient en tête l’odeur du fumier, la boue, les animaux qui bêlent. Pour Rosalie Paquette, étudiante en design de mode à l’École supérieure de mode de l’UQAM, c’est plutôt un lieu où elle puise ses idées pour créer des vêtements dignes de la haute couture. Ainsi, son projet de fin d’études est une collection évoquant « la nature, quelque chose de très vintage, très ancien et réutilisé, mentionne celle qui, sur son téléphone cellulaire, collectionne les photos d’arbres et de champignons en guise de tableau d’inspiration.»

En plus de l’inspiration qu’elles lui apportent, la nature et la ferme l’aident à travers certains procédés, réalisés avec l’aide de son père, un vrai « patenteux, » selon Rosalie. « Il peut construire la charpente d’une maison, il peut faire de la plomberie, de l’électricité. Si tu as un projet, il n’y a quasiment pas de truc impossible ». C’est avec lui qu’elle a notamment réalisé le sac à main de l’une de ses collections précédentes. « On avait utilisé une tige qu’on avait formée avec de la chaleur, ça avait donné des poignées avec une forme intéressante ».

Pour Rosalie, l’aide que lui apportent ses parents va au-delà de leurs savoir-faire. Elle est dans leur soutien indéfectible. « Je l’ai encouragée dans ses multiples projets au mieux de ma connaissance, raconte sa mère, Nathalie Dubeau.  J’aimais bien dire que j’étais sa bénévole en sous-traitance : découdre, repasser, couper les fils. Bien sûr, soutien moral dans les périodes difficiles ou de découragement. » En effet, Rosalie nous a confié mettre toujours la barre très haute dans ses projets et travailler sous pression. Ses proches sont donc une ressource essentielle à l’atteinte de ses buts.

Cela fait déjà sept ans que Rosalie poursuit ses études supérieures. « Je voulais aller dans quelque chose d’artistique. J’ai donc été au Cégep Marie-Victorin faire le DEC, avec une spécialisation en fourrure. Je suis ensuite venue en design à l’UQAM, parce que je voulais développer mon style, plus me connaître comme designer. » C’est ainsi qu’elle a tout appris de la mode et des techniques. « Je suis partie de rien et aujourd’hui je peux faire une collection très haut de gamme », dit-elle fièrement.

Ses professeurs le confirment, Rosalie a bûché fort. « C’était une étudiante qui était très discrète, mais tu voyais qu’elle voulait tout comprendre, tout connaître et qu’elle absorbait tout, confirme Véronique Bernard, l’une de ses professeures au Cégep Marie-Victorin. Elle savait ce qu’elle voulait en titi, donc n’essaye pas de la faire changer d’idée. Si ça se fait dans la vie, c’est sûr qu’elle allait le faire. C’est ça qui était le fun, je savais qu’elle serait capable de le faire, ce qui n’est pas le cas de tous les étudiants. »

Se donner ainsi corps et âme dans son parcours scolaire a cependant implique de s’oublier parfois dans le processus. « Je me mets moi-même de côté, mes projets sont plus importants que ma santé, confie Rosalie. J’ai hâte de vivre ma vie. À l’université, c’est du temps triple que tu mets et plus, il n’y a pas eu de repos. On dirait qu’à la fin de la session, je vais être libérée. » De là vient son inspiration pour sa collection de fin d’études intitulée Statue de vie. « Mon père m’a dit que si quelqu’un voyageait à la vitesse de la lumière, il vivrait 50 ans plus vite que nous, donc on ne serait pas dans la même réalité, raconte Rosalie. Je me questionnais sur l’intérêt de vivre plus vite que les autres si ce n’est pas pour être avec eux. » Rosalie a donc décidé d’imaginer une fille qui aurait pris le temps de ralentir.  « Pour ma collection, j’ai imaginé une fille qui avait décidé de prendre le temps, je l’ai imaginée dans un jardin en train de ralentir. Tellement que la nature commence à prendre le dessus sur elle et son âme. C’est une statue vivante ».

Malgré le message qu’elle souhaite transmettre à travers sa collection, Rosalie n’a pu perdre une seule seconde dans la création de celle-ci. Entièrement en lin, laine et soie, elle a dû apprendre de nombreuses méthodes spécifiques à ces matières, dont leur teinture naturelle. « J’ai découvert qu’il y avait des plantes que je croisais à chaque jour qui pouvaient teindre les vêtements comme la verge d’or, raconte Rosalie. J’ai consulté le centre d’impressions textiles et même eux, ce sont les meilleurs et ils ne s’y connaissent pas tant que ça. Ça existe, mais c’est très niché. » Le travail est non seulement peu connu, mais également ardu. « La teinture, c’est des tests, des tests et des tests et on ne teint pas deux fois la même chose, énumère Rosalie. Quand c’est dans ton salon et qu’en plus c’est fait à partir de plantes, tu le teins une fois et tu teins la bonne quantité. » C’est un travail qui se poursuit jusque dans la maison de ses parents. La mère de Rosalie revoit sa fille « foutre le bordel, une heure avant un party, dans ma cuisine, car on devait faire bouillir des plantes et des pelures d’oignon pour teindre les tissus. »

Si Rosalie s’amuse à mettre en désordre la maison de ses parents – qui s’en amusent d’ailleurs eux aussi – c’est entre autres parce que confectionner est carrément un jeu pour elle. « Quand je vais dans mon cours de confection, c’est comme aller à la garderie ». Elle prend justement une part d’inspiration dans son enfance et son histoire familiale. « J’ai trouvé un album de photos vintage en noir et blanc et quand je manque d’inspiration je tourne les pages. Il y a tout le temps des détails perdus, hyper intéressants, » raconte Rosalie. Malgré que ce soit un jeu d’enfant pour elle, Rosalie possède de sérieuses compétences pour arriver à ses fins, comme le mentionne Véronique Bernard, son ancienne professeure. « Peu importe le poste qu’elle va vouloir occuper, elle va pouvoir, car elle a les capacités d’aller dans ce qu’elle veut et de suivre son cœur, c’est sûr qu’elle va être bonne là-dedans ».

Après s’être inspirée du passé, être retournée aux sources et avoir travaillé comme une folle, Rosalie prévoit vagabonder et reprendre son souffle. « Je meurs d’envie de voyager. Juste respirer et voir le monde à l’extérieur. Présentement, prendre quelques heures par fin de semaine, c’est un très gros luxe, confie Rosalie. On dirait que ma vision de la vie s’arrête à la remise du projet final. En ce moment, je veux juste arriver à mon but ».