Projet de fin d'études / 2025

Rapture

Crédits

Direction artistique Manika Gaudet
Photographe Vision Photography
Mise en beauté Dominique Panneton
Coiffeuse KSD Hair
Styliste Jenny Maroquin
Mannequin Ghanais Muniandy

Rapture - Benjamin Lamoureux

Ce texte a été rédigé à l’hiver 2025 dans le cadre du cours Atelier d’écriture et d’édition de mode, sous la supervision de Madeleine Goubau.

Benjamin Lamoureux : La (re)naissance d’un artiste
Par Hector Lamilla et Francis Courtois

Le doux murmure répétitif des machines à coudre et les soupirs de vapeur des fers à repasser remplissent l’atelier, comme une mélodie familière. Pour lui, cet espace est bien plus qu’un simple lieu de travail technique : c’est un véritable havre de création, une deuxième maison. Étudiant en fin de parcours à l’École supérieure de mode de l’UQAM, Benjamin fait partie des 17 élèves choisis pour présenter leur projet de fin de baccalauréat lors du défilé des finissants le 1er mai, un travail qui rassemble les efforts et les connaissances accumulées au cours de trois années d’apprentissage intense.

Rapture, le titre de sa collection de fin d’études, évoque à la fois l’extase, l’enlèvement et la transformation. Pour Benjamin Lamoureux, c’est aussi un clin d’œil personnel à la chanson Rapture du groupe new-yorkais Blondie, figure emblématique du punk et de la new wave des années 1980. Le mot fait également écho à BioShock, jeu vidéo de tir à la première personne dont l’action se déroule dans une cité sous-marine fictive, conçue pour permettre aux esprits créatifs et scientifiques de s’épanouir librement, affranchis de toute contrainte morale ou politique. « Ce n’est pas une influence directe, mais l’idée de dépassement, de quête de grandeur, ça m’a fait penser au néo-platonisme et à l’idéal de la Renaissance », explique-t-il.

Cette réflexion a pris forme lors d’un séjour d’études à Florence, au cœur de l’histoire des Médicis. Il y a découvert l’héritage vestimentaire et intellectuel de la Renaissance, centré sur la valorisation de l’individu, des savoirs anciens et de la beauté comme élévation de l’âme. C’est cette rencontre entre l’humanisme de la Renaissance et la New Wave, mouvement artistique des années 1980 caractérisé par son esthétique audacieuse et futuriste, qu’il veut mobiliser dans sa création. Une synthèse atypique entre rigueur classique, exubérance visuelle et attrait pour l’expérimentation, amorcée dès une collection précédente inspirée elle aussi de cette période, avec ses épaules démesurées et ses couleurs vibrantes.

Rapture prend le relais, mais évolue dans une nouvelle direction. À travers ses quatre ensembles, on retrouve certains éléments familiers, dont des épaules sculpturales, et un motif orange, rouge et bleu sérigraphié créé lors d’un projet antérieur, mais réinterprété. « Avant, je travaillais avec des couleurs très vives. C’était très saturé, très heavy visuellement », relate Benjamin. Cette fois, il opte pour des teintes plus douces, inspirées d’un paysage hivernal : rose, bleu pâle, vert forêt. « Je voulais que ce soit plus paisible au regard », dit-il. Une palette rassurante qui fait respirer les silhouettes extravagantes par leur carrure ou leur forme cintrée.

Les techniques qu’il utilise sont à la fois artisanales et expérimentales. Il imprime ses motifs avant même la coupe, sur le tissu brut, qu’il fait ensuite plisser. Il crée ses patrons sur mesure, sans s’appuyer sur des modèles préexistants. « Tu peux pas juste découper un manteau dans un truc que t’as trouvé. Il faut tout développer de zéro », souligne-t-il. Il joue aussi avec la sérigraphie sur la fourrure : application de colle, pose de feuilles métalliques, cuisson à chaud. Un processus long, mais à la hauteur de son ambition.

Céline Chicoine, une chargée de cours reconnue et hautement qualifiée dans le domaine de l’ajustement et de la mesure des vêtements, agit comme mentor clé pour le jeune créateur. Elle voit en Benjamin un talent prometteur, doté des trois qualités essentielles à la réussite d’un créateur : une passion indéfectible, une détermination et une minutie qui se reflètent dans chaque détail de son travail. « Benjamin fait partie d’une génération qui pense différemment la mode, explique-t-elle. Pour lui, ce n’est pas un simple produit, c’est un médium. Il réfléchit à la portée de ses créations, à leur discours. »

Céline Chicoine n’hésite pas à dire que Rapture aurait toute sa place dans une exposition ou un défilé professionnel. Selon elle, Benjamin a la capacité de créer une collection complète cohérente et innovante. Elle estime que ces traits font de lui un artiste en devenir, prêt à relever tous les défis que la création exige.

La discipline et la passion de Benjamin pour la mode ne passent pas inaperçues, comme l’illustre le témoignage de ses pairs. « Il est toujours le premier à arriver et le dernier à partir », remarque Julius, un étudiant du profil Théories, culture et valorisation de la mode qui fréquente régulièrement les ateliers de confection de l’ESM. Cette rigueur l’incite lui-même à adopter une éthique de travail similaire. En voyant en Benjamin un modèle de persévérance et de perfectionnement, il est poussé à redoubler d’efforts et à affiner constamment sa propre approche de la mode.

Avec Rapture, Benjamin Lamoureux trace une voie exigeante, entre costume et mode, introspection et ambition. Et après? « J’attends les commentaires », dit-il en attendant de créer sa propre marque. Il rêve déjà de créer des tenues sur mesure pour des amis, pour des galas ou pour la scène. Ses quatre looks sont issus d’une collection de vingt silhouettes dessinées plus tôt dans son parcours : une matière déjà riche, en attente d’évolution. Ces trois années à l’ESM lui auront permis d’explorer, de tester et surtout d’affiner. « Je pense que je commence à savoir ce que j’aime faire », confie-t-il. Il avance sans précipitation, mais avec lucidité en sachant qu’il n’a pas fini d’apprendre.