Projet de fin d'études / 2025
Bercée par la mère
Crédits
Direction artistique Manika Gaudet
Photographe Vision Photography
Mise en beauté Dominique Panneton
Coiffeuse KSD Hair
Styliste Jenny Maroquin
Mannequin Bénédicte Mercier

Ce texte a été rédigé à l’hiver 2025 dans le cadre du cours Atelier d’écriture et d’édition de mode, sous la supervision de Madeleine Goubau.
Entre les mailles de la collection d’Enya Achim
Par Éveline Bernier
Sur la table de coupe est étalée une longue jupe en crochet attachée à un voile de dentelle circulaire aux détails impressionnants. Enya Achim, étudiante en design de mode à l’École supérieure de mode de l’UQAM, contemple fièrement sa création issue de sa collection de fin de baccalauréat. Cette pièce est non seulement le résultat de longues heures passées dans cet atelier sous les combles vitrés du pavillon de mode, mais également un hommage aux origines algériennes, plus précisément kabyles, de sa mère.
Vêtue d’une longue robe noire et maquillée d’un fard à paupières argenté, Enya explique qu’elle est très fière de ses origines arabes. Toutefois, ayant grandi à Montréal, il y a malheureusement beaucoup d’éléments de cette culture qui lui échappent. Les précieux souvenirs lointains qu’elle détient de ses quelques voyages en Algérie ont cependant mené à l’inspiration pour sa collection. Celle-ci prend vie sur un tableau d’inspiration, révélant d’emblée une idée claire de la direction empruntée par la designer. Sur celui-ci, c’est l’inscription « bercée par la mère » qui attire le regard avant tout. Cette phrase à double sens évoque autant la dimension maternelle ayant inspiré sa collection que l’imaginaire océanique, la mer et les vagues, un univers qu’Enya affectionne particulièrement. « Les vagues ont quelque chose de fort et doux, comme une mère », mentionne Enya pour souligner le parallèle.
C’est du moins la perception que la créatrice détient de la sienne, qui agit comme un modèle pour elle. « Elle faisait mes costumes de ballet et de patinage artistique. Elle fait de la broderie, est très artisanale, travaille fort et fait beaucoup de travail à la main. » Sur le moodboard d’Enya, on retrouve une photo d’elle-même, enfant, déposée sur les genoux de sa mère. Cette photographie a été délicatement placée dans le creux d’une corde rappelant celles utilisées par les pêcheurs.
D’autres éléments rappelant la Méditerranée ont aussi été ajoutés à sa maquette d’ambiance, comme des images de vagues puissantes, de coquillages, de gouttes d’eau et de bateaux de pêcheurs, en plus de cordes, de filets et de petits napperons ronds décoratifs ouvragés appelés doilie. « La mer pour moi, c’est l’eau, la légèreté et la fluidité du corps dans l’eau, l’aspect collant des vêtements mouillés, le scintillement des gouttes et la mousse qui se crée sur le sable », énumère-t-elle.
On retrouve cette atmosphère maritime dans sa collection par les couleurs, les matières et les coupes utilisées. C’est avec le voile, le tulle, l’organza, le taffetas, les jerseys extensibles et une omniprésence de bleus que cette finissante parvient à évoquer le mouvement fluide d’une mer houleuse. Dans sa collection finale d’études, Enya a également voulu célébrer la sensualité de la femme grâce aux jeux de découpes, de transparence et de silhouettes avantageuses, coupes qui rappellent d’ailleurs celles des tenues typiques de l’Algérie.
Quelques bijoux kabyles ont aussi été ajoutés à sa planche conceptuelle, ornements ayant agi comme grande source d’inspiration elle. Ce sont leurs couleurs primaires, soit le vert, rouge, jaune et bleu, et leur niveau de détails qu’elle affectionne particulièrement. Un degré de complexité et de richesse visuelle qu’Enya a évidemment exploité dans la confection de sa collection. Des dentelles de crochet, des pièces d’aluminium embossées à la main rappelant ceux sur les costumes de danseuses du ventre et des billes enfilées sur des cordes sont quelques-uns des éléments ayant sollicité la méticulosité incroyable de cette figure montante du design de mode.
Bien que le processus de réalisation de sa collection promettait d’être ardu, Enya n’a jamais craint le travail et les grands défis, même à ses débuts en tant que designer. Lorsqu’elle effectuait sa technique en design de la mode au Collège Lasalle, son temps était entièrement consacré à ses études. « J’arrivais à 9h le matin et je repartais à 10h le soir presque tous les jours. J’habitais loin. Je travaillais tellement fort. J’ai fait des collections qui étaient trop difficiles pour mes aptitudes du temps, ce qui m’a vraiment fait struggle. » Malgré qu’elle se rappelle aujourd’hui cette période comme étant trop intense, il était important pour elle de travailler fort afin de se prouver qu’elle en était capable. Elle considère que c’est grâce à ces efforts qu’elle a pu découvrir ses forces.
On pourrait penser que ce travail acharné l’aurait rendue compétitive vis-à-vis ses camarades. Au contraire, son ancien collègue Héctor, rencontré quelques années plus tôt au Collège Lasalle, se rappelle d’Enya non seulement pour son grand dévouement aux collections sur lesquelles ils ont collaboré, mais également pour le fait qu’elle était toujours prête à l’aider. Son amabilité. « On avait pas mal tous nos cours ensemble, j’avais jamais mon matériel de couture, mais Enya était tout le temps là pour me dépanner et m’aider en couture. »
La volonté d’Enya de s’améliorer en design s’est poursuivie lors de son parcours à l’École supérieure de mode. Enya estime y avoir trouvé son style comme designer qu’elle décrit comme étant féminin, sensuel et fantaisiste. « Je veux toujours que mes collections aient l’air d’un rêve, avec une touche de performance. »
Elle a également su saisir des opportunités lors de ses études universitaires qui ne se seraient sans doute jamais présentées à elle hors de ce cadre. Cette jeune professionnelle fait notamment référence à son emploi actuel d’assistante designer chez Nadya Toto, une marque québécoise reconnue, qu’elle a obtenu grâce à un stage.
Malgré que ses études lui aient permis de se perfectionner, Enya ne semble jamais rassasiée. « J’aurais voulu faire plus de moulage, j’adore la technique, les patrons, dit-elle. En venant ici, je voulais être une bête de techniques. Je voulais être bonne et tout apprendre. » Une passion et un dévouement qui la différencie en tant que designer, selon Sara, une collègue avec qui elle a réalisé plusieurs projets à l’école et chez Nadya Toto. « Elle est passionnée, mais surtout très impliquée et perfectionniste, explique Sara. Peu importe le nombre d’heures qu’elle devra mettre sur le projet, elle donnera son 110%. » À voir la qualité du travail de son amie, Sara ne peut s’empêcher de la croire surdouée. Elle ajoute qu’Enya – qu’elle qualifie de vieille âme – est une coéquipière toujours prête à offrir son soutien et ses encouragements pour aider les autres à progresser.
Grâce à tous ses efforts et ses apprentissages accumulés au fil des ans, Enya espère pouvoir un jour avoir sa propre marque. Elle se remémore cette obsession naissante pour les vêtements, apparue dès le secondaire, précédé par une fascination encore plus ancienne pour la mode victorienne et ses extravagances. Lorsqu’Enya partage qu’elle « adore avoir beaucoup de projets en même temps, faire mes propres choses, être occupée et avoir un horaire atypique sans routine », il n’y a pas de doute que c’est la bonne voie pour cette jeune designer.