école supérieure de mode

Gradué à l'honneur / cohorte 2025

Marie Laforest

design de mode

Un paradis construit en enfer

Un paradis construit en enfer

Un paradis construit en enfer - détail bouton

Ce texte a été rédigé à l’hiver 2025 dans le cadre du cours Atelier d’écriture et d’édition de mode, sous la supervision de Madeleine Goubau.

Au coeur de la tempête : la designer junior, Marie Laforest
Par Amilie Rousseau et Dylane Simard

A Paradise Built in Hell. Le nom puissant de la collection de Marie Laforest contraste particulièrement avec l’impression de douceur et de calme qu’elle dégage à première vue. Apparaissant d’abord timide, sous sa chevelure rousse et enveloppée dans ses vêtements noirs surdimensionnés, la finissante au baccalauréat en design de l’École supérieure de mode de l’UQAM démontre à travers ses créations une capacité à transgresser avec aplomb les valeurs qui lui sont pourtant les plus précieuses.

A Paradise Built in Hell
La collection de Marie est basée sur le livre, A Paradise Built In Hell. « Ce livre a été rédigé par une écrivaine américaine qui s’intéresse aux impacts des changements climatiques sur les communautés, explique Marie. Comment réagissent les gens quand quelque chose de vraiment dramatique arrive ? »

La designer s’inspire de l’idée de résilience et de la manière dont les communautés font face à leurs problèmes en collectivité face au danger. « La tornade est devenue une métaphore pour mes vêtements, affirme-t-elle. Je voulais créer des vêtements qui entourent le corps afin de refléter l’effet du vent ». Dans son tableau d’inspiration, communément appelé moodboard, on peut voir la photo de tornade ayant inspiré son travail.  « L’image représente une fausse tornade, affirme Marie. C’est fait par une photographe qui construit des ensembles qui ressemblent à des choses climatiques fortes. Elle va faire croire que c’est la vraie chose, tandis que c’est faux. »

« Le travail de fin de session à Marie est dramatique et dynamique, affirme Niki Jessup, enseignante en développement de produits à l’ESM. Le mouvement et les contrastes de textures mettent en lumière la force juxtaposée à la fragilité ». Marie a utilisé une palette de couleurs tant sombres que colorées qui rappellent les éléments naturels qu’elle prône dans son projet. Selon Mme Jessup, la future designer se démarque par « le drama de ses pièces, les mouvements créés, les contrastes de textures et les formes des pièces. »

Qui est Marie Laforest?
Depuis toute petite, Marie Laforest s’est toujours intéressée à la mode. Pour commencer, elle a fait une année dans le programme d’Art, lettres et communication, mais elle « n’a pas aimé ça », dit-elle. C’est en ayant une conversation avec un de ses amis qu’elle a découvert que la mode pouvait être une option de cheminement académique.  Selon Marie, ce fut une révélation soudaine qui lui fit comprendre que poursuivre ses rêves était sa priorité absolue. « Ma jalousie était trop grande pour ne pas y penser ! » Le plus grand défi qu’elle ait eu à surmonter a été de persuader ses parents, qui considéraient que les arts ne sont pas une voie professionnelle viable. Cependant, cela ne l’a pas arrêtée. Elle a décidé de se lancer dans la mode, d’abord au Collège LaSalle, puis, à l’École supérieure de mode de l’UQAM.

« Marie a toujours été une personne qui fait attention à l’environnement, affirme Audrey, une amie de longue date de Marie. Depuis que je la connais, elle a la main très verte. »  Ça se ressent dans sa collection, puisqu’elle utilise des matériaux trouvés dans des friperies ou des tissus détaillés fournis par l’école. « En mode, ce qui m’énerve le plus, ce sont les entreprises qui font du linge pour faire du linge, » affirme Marie. Si certains éléments ne peuvent pas être écoresponsables, sa vision artistique sera modifiée. Cependant, pour cette collection, le destin a été en sa faveur, puisque tous les éléments nécessaires fonctionnaient avec son projet. Sa collection A Paradise Built in Hell est fabriquée et pensée dans l’optique d’être écoresponsable, même si cela peut mettre en jeu son idée originale, puisqu’il est difficile de tout trouver de seconde main. Alors, par exemple, les tissus sont trouvés en friperie et il y a quelques boutons qu’elle avait déjà chez elle.

Marie à une minutie du détail impressionnante, que ce soit sur l’entièreté de la création allant jusqu’au revers de ses vêtements. Elle va améliorer chaque élément pour que le produit final soit le plus parfait possible. « Même l’intérieur de son vêtement est satisfaisant à regarder », avoue Joe, l’une de ses amis. Marie est obsédée par les détails autant qu’elle est obsédée par l’intérieur de ses vêtements. « C’est un de mes trucs préférés de ma collection d’ouvrir le vêtement, affirme la jeune designer. Que la personne ouvre le vêtement et qu’il soit encore intéressant à l’intérieur. »

Son travail des patrons lui permet de réaliser sa vision avec le plus de précision possible et de s’attarder plus sur les détails. « Mes patrons sont plus complexes que la moyenne, affirme Marie. Je vais chercher une technique hors du commun ». Les patrons lui permettent de créer des formes plus intéressantes et d’apporter du mouvement à ses créations. « Elle n’a pas peur de découvrir de nouvelles techniques, affirme l’amie de Marie, Aurélie. « Si ça flop, elle va recommencer ». Ainsi, sa capacité à créer des patrons complexes et détaillés lui permet de pousser sa créativité artistique à tout plein potentiel.

Marie est reconnue comme une bibliophile de la mode. « C’est une encyclopédie de la mode cette fille, » affirme Aurélie. Selon elle, les autres élèves ont tendance à venir vers Marie pour avoir certains renseignements sur la mode ou conseils généraux dû à ses grandes connaissances, ce qui l’avantage fortement lors de la conception de ses créations.

Avec ses 6 ans de formation, Marie a pensé à ses choix futurs pour sa carrière. Elle aimerait posséder sa propre griffe et concevoir des lignes de vêtements. Actuellement, elle s’intéresse au processus d’édition et de distribution dans le domaine de la mode. Donc, un de ses grands rêves serait d’avoir son propre magazine, soit physique ou digitale. Avant de se concentrer et de mettre toute son énergie dans ce projet, elle aimerait suivre une formation ou des cours en Europe, surtout dans la capitale de la mode, afin d’en apprendre plus sur ce milieu et de vivre plusieurs expériences.